Lutte contre l’homophobie : un combat ringard ?

04 mai 2016 par

Le 17 mai prochain sera célébrée la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et transphobie. Comme tous les ans, certains jeunes gays désabusés s’en gausseront comme de la Gaypride, osant les épaules et levant les yeux au ciel :

« L’homophobie, c’est un truc de vieux. Moi, je ne la ressens pas. Être gay aujourd’hui c’est juste être différent, ça ne rend pas plus malheureux qu’être gros ou noir. »

 

Réfléchis, petit con… C’est grâce à qui ?

 
Ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’il faut être amnésique. Je n’étais pas né lors de la déportation dans les années 1940, mais ça ne m’empêche pas de m’émouvoir sur le sort de ces milliers d’hommes et de femmes assassinés uniquement parce qu’ils étaient homosexuels. Je n’étais pas né lors des émeutes de Stonewall en 1969, mais ça ne m’empêche pas d’éprouver une gratitude et une admiration infinies envers ces héros qui ont eu le courage de sortir de l’ombre. Je me souviens de l’arrivée du SIDA dans les années, de ces gays agonisant par dizaines de milliers abandonnés de tous, car soi-disant « coupables » de ce qui leur arrivait, puis de la prise de conscience que cette hécatombe a suscité, faisant enfin surgir l’homosexualité dans le débat public avec les premiers films qui parlaient ouvertement d’homosexualité (comme le bouleversant Philadelphia en 1993). C’est grâce aux combats passés que les gens ne te regardent plus comme un animal quand tu tiens la main de ton mec, et que vous pouvez baiser avec des capotes distribuées gratuitement dans les établissements gays.

Le Front de Libération des Gays, pendant la révolte de Stonewall en juin 1969.

Le Front de Libération des Gays, pendant les évenements de Stonewall en juin 1969.

C’est grâce à ces « ringards » d’hier, que tu peux aujourd’hui
tenir la main de ton mec sans te faire péter la gueule.

 
Ta liberté d’aujourd’hui, tu la dois à tous ces militants de la première heure, tu la dois au « consommer gay » qui a été le mot d’ordre des années 80 et a donné un véritable poids économique à la minorité homosexuelle, tu la dois à cette « Gay Pride », aujourd’hui si futile, mais hier si militante et si grave. Aujourd’hui, quand tu embrasses ton mec dans un lieu public, n’oublie jamais que ces vieux que tu trouves ringards et dépassés l’ont fait avant toi, mais qu’à l’époque il fallait des couilles autrement plus grosses que les tiennes !

activistes de Act-Up Paris

Des activistes de Act-Up Paris, dans un « Die Flashmob »

Pour que l’homophobie appartienne un jour au passé,
c’est désormais aux jeunes gays de la combattre.

 
Ne soit pas naïf. Pendant les débats du PACS, mais aussi -plus récemment- lors des débats sur le mariage pour tous, certains extrémistes ont toujours manifesté leur souhait voir « les pédés au bûcher ». Ils sont nombreux et leurs formes multiples : ultra-conservateurs, intégristes catholiques ou musulmans… Non-contents de ne plus se cacher certains n’hésitent pas à passer aux actes, comme en témoigne la récente multiplication des agressions physiques envers les homosexuels. Tu vois ? Si tu n’y prends pas gardes, l’homophobie revient ! Et parfois même, par la grande porte : pas plus tard que le 16 décembre 2015, ce sont les institutions qui se montrées homophobes, avec la décision ahurissante du Tribunal des Prud’hommes de considérer que « PD » n’est pas « une insulte » dans un salon de coiffure, car de nombreux coiffeurs sont homosexuels. Cela revient à dire qu’on peut traiter d’ « enculé » les stewards dans les avions, ou de « bougnoule » les employés dans les Kebabs !

Clément (à gauche) et Aaron (à droite), victimes d'une agression homophobe en novembre 2015. Photo AFP

Clément (à gauche) et Aaron (à droite), victimes d’une agression homophobe en novembre 2015. Photo AFP

Quand on te parle d’homophobie, évite les réponses débiles de mec « pas concerné » !

 
Tu as le droit d’être un petit con : vu ta jeunesse et ton superbe cul bombé, personne ne t’en tiendra rigueur. Mais si tu veux être heureux, ne sois pas naïf… la majorité ne fait pas de cadeaux aux minorités. Si tu veux préserver les droits hérités des combats menés par tes aînés, il va falloir mener les tiens. Si tu te montres désinvolte et que tu te désintéresses de cette cause, au motif que « tout va bien » pour toi aujourd’hui, les générations suivantes verront inévitablement leurs droits reculer. C’est désormais à ta génération d’être vigilant : si vous défendez les droits acquis par ceux qui vous ont précédé, ceux qui viendront après vous pourront toujours se tenir la main dans la rue et se marier. Ils pourront même peut-être avoir des enfants… mais pour ça, vous devez vous battre contre l’homophobie.

 
La Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et transphobie (IDAHOT : « International Day Against HOmophobia and Transphobia ») sera célébrée le 17 mai prochain, comme chaque année. Cette journée a pour but de promouvoir des actions de sensibilisation et de prévention pour lutter contre l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie.

Quelques évènements près de chez vous : https://www.sos-homophobie.org/journee-contre-l-homophobie

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